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Jamais je n’avais imagine combien il pouvait etre autant dans la gene !
Neuf momes, dont l’aine doit avoir a peine dix ans !
La teinte doree de leurs chevelures est la preuve flagrante de la malnutrition dont ils sont victimes.
La soeur de la concubine, prete a donner naissance, tenait un nourrisson dans ses bras, egalement d’Asselhomme !
La peau foncee les yeux bleus comme chez les Peuhls, elle vient du sud. Dans ses veines coule du sang polonais probablement.
Sur un terrain pierreux envahi d’un buisson de ronces, de touffes d’arbrisseaux epineux, la case couverte de latanier ou ils vivent tous entasses l’un sur l’autre est batie de brindilles et de boue. Blanchie a la chaux, peut-etre bien, deux decennies en arriere.
Un cachot sombre en terre battue, dans des conditions inimaginables...
La pauvrete dans tout le sens du mot !
L’onomatopee causee par le geste, resonne par dela la haie de cactus, de bouts de fil de fer barbele… Je demande pourquoi les femmes jettent-elles des gravillons sablonneux dans l’eau fremissante.
Elles me repondent en creole : « Le nou grangou, voazinaye pa bezwin konin… !
Quand on n’a rien a manger, cela aide, surtout aupres du voisinage, a sauver l’apparence !
» Mais enfin, plantez du mais, des bananiers… leur dis-je sous le coup d’une apparente impatience.
Non, repondent-elles.
« Cela amenera autour des jaloux, epi, te-a pa pou nou !
Et puis, la terre n’est pas a nous
Les gens d’ici sont dans un etat de delaissement tel, que j’ai peur d’y trop reflechir.
Les cyclones si destructeurs de fins d’ete n’aident pas non plus !
Ce probleme de misere noire peut etre pourtant bien resolu.
Situation desesperante a etre prise en consideration, a mon avis, le plus vite possible.
Tout ceci n’est-il pas aussi important que de penser a offrir a cette majorite broyee dans le delabrement des droits pour l’aider a sortir de son ‘’etat sous-humain’’?
Je regarde les visages sur lesquels ne se lit une moindre lueur d’espoir, et je m’interroge.
Je pense au lourd heritage… A nos confusions culturelles… Au prix si abusif paye pour la liberte !
Dette pour notre independance, pouvant sauver des milliers de vies !
Autant que l’hygiene, la sante, il nous faut aussi des livres...
Des bourses d’etudes… L’acces immediat a l’education pour tous… Des emplois…Tout est a faire !
Je m’emballe dans mes analyses et un sentiment horriblement douloureux se met a me torturer
L’ecart… Que faire ?
Les visages de tous ces hommes travaillant avec moi, les images de cette maree de misere me reviennent incessamment, mais je ne vois pas comment y remedier, meme en augmentant leur salaire ou en payant les etudes de leurs enfants !
Que faire ?
Quel cafard !